JAPON

Présentation historique et descriptive des Whiskies Japonais :

 

 

 

 

1/ Les différents types de whiskies

2/ Histoire et description du whisky japonais

 

 

 

1/Les différents types de Whiskies :

 

Les BLENDED WHISKIES (ou BLENDS):

 

Il s'agit d'assemblages à base d’orge maltée avec séchage sur feu de tourbe (japonaise !) ou non, ils sont le fruit d’une double distillation. Les types de fûts utilisés sont soit le même type de fûts  que les écossais, soit une partie (voire tout) de fûts réalisés sur place à partir de chêne local (Mizunara = Chêne rouge japonais, mentionné sur les étiquettes aussi comme "japanese oak"). Les blended-whiskies japonais sont souvent de grande qualité (pas tous certes, mais beaucoup-en tout cas la plupart de ceux qui sont en en vente en Europe), et concurrencent assez bien (aromatiquement parfois les  blends écossais. Par contre, ils sont parfois également « rectifiés au caramel » eux aussi. Mais ils ne cessent de progresser. Certains sont devenus légendaires, tant par leur contenant que par leur contenu, tel le SUNTORY HIBIKI 17 ans qui s’est retrouvé à l’affiche d’un film de Sofia COPPOLA « LOST IN TRANSLATION »,  dont le personnage principal, joué par l’acteur Bill MURRAY doit faire la publicité, ce qu’il peine à faire puisque son verre contient du whisky factice ! Nombre d'entre eux ont été primés dans des concours internationaux...la liste des distinctions serait trop longue à citer, je vous renvoie donc aux sites officiels des principaux groupes producteurs, comme NIKKA et SUNTORY, mais aussi à celui de Number One Drinks, par exemple.

 

 

 

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Le blended-whisky japonais sans doute le plus connu en France, le NIKKA "From the Barrel" qui titre 51,4 % (Photo : © Hugh).

 

 

Les BLENDED-MALTS:

(à noter, au Japon on utilise encore l'expression "PURE-MALTS")

 

Il s'agit d'assemblages de whiskies japonais (et parfois d'autres ! -du scotch est en effet utilisé, encore aujourd'hui, majoritairement en provenance des distilleries écossaises que possèdent les deux "grands", à savoir Nikka et Suntory) de type Single-Malts, et réduits le plus souvent à 43 ou 45 %. Ce sont en général des blended-malts très appréciés car très expressifs, qu’ils soient tourbés ou non. Malgré les recommandations de l’association de défense du whisky écossais (S.W.A.), les japonais persistent à employer le terme de « Pure-Malts » pour les désigner, mais ils contiennent une telle proportion de single-malts (bien supérieure aux "purs-malts" les plus courants en Ecosse) qu’on leur pardonne ! De plus, là aussi, un certain nombre d’entre eux les concurrencent depuis les années 90 et parfois surclassent nombre de blended-malts écossais et même certains single-malts par leur qualité, leur finesse et leur complexité. La qualité est donc souvent au rendez-vous, mais ne serait-ce qu’un peu ironiquement, certains d’entre eux incluent une forte proportion de Single-malts écossais dans leur assemblage, et ce désormais sans s’en cacher…Le public et les connaisseurs, eux, suivent, et les ventes ne cessent de progresser depuis quelques années.

 

 

 

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Un blended-malt atypique et rare, "Double-Distilleries", par Ichiro's Malt, propriétaire des distilleries HANYU (en tout cas du stock

de fûts de cette distillerie fermée), et de CHICHIBU (la plus jeune distillerie japonaise) -Photo: © Hugh

 

 

Les SINGLE-MALTS:

 

Il s'agit de whiskies provenant d’une seule distillerie, et constitués de nombreux fûts d’années différentes (si la bouteille porte une mention d’âge, ce sera celui du plus jeune entrant dans la composition) ou d’un assemblage de fûts de la même année (il est alors millésimé) ou d’un petit nombre de fûts (small batch) ou d’un seul fût (single-cask). Ils sont généralement réduits par adjonction d’eau à 40, 43 ou 45 % d’alcool par volume, de par l’évaporation annuelle ou non réduits ("cask strength", ou en français "brut de fût"). L’expérience acquise au départ de l’histoire des distilleries japonaises par ses fondateurs, dont Masataka TAKETSURU explique que très vite la qualité va être au rendez vous. Ayant étudié durant plus de 3 ans le fonctionnement des distilleries écossaises, il en retient l’art de l’assemblage, mais surtout la nécessité absolue d’utiliser ce qu’il y a de meilleur à chaque étape de la fabrication d’un whisky, et petit à petit cela conduira le Japon à être presque autonome, à fabriquer lui-même ses fûts, et utiliser de la tourbe locale. Les Single-Malts de la distillerie YOICHI en sont un des meilleurs exemples, par le sérieux, le soin qu’il leur est apporté expliquent les prestigieux prix de whisky de l’année (tous pays confondus) obtenus notamment en 2001. Il est hélas encore difficile d’avoir accès en Europe aux productions des quelque 12 distilleries recensées ici, l’on espère donc un effort d’importation plus grand vers l’Europe dans un proche avenir, car il existe maintenant une forte demande pour les whiskies japonais, mais hélas aussi une forte spéculation, ce qui nous conduira à une certaine réserve parfois, que le lecteur me pardonne...Depuis 2013 aussi, les prix augmentent car le marché intérieur japonais commence à être aussi davantage réceptif à ses propres productions.

 

 

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Le YAMAZAKI 18 ans d'âge, produit par le groupe SUNTORY, un classique des single-malts japonais (Photo :© Hugh, recadrée).

 

 

Les SINGLE-GRAINS:

 

Il s'agit de whiskies provenant d’une seule distillerie, mais de grain (blé, maÏs, avoine, seigle,etc…) à 85 % et d’orge non malté. Un type de whisky plus neutre en goût ayant surtout servi à alimenter les assemblages des blends. Plus récemment, l’on a redécouvert les qualités des vieux single-grains, souvent proches des bourbons, mais aussi des irlandais. Peu sont disponibles. Ils sont soit réduits à 40 ou 45 %, soit utilisés,  vendus tels quels, non réduits (cask strength), comme l’étonnant "Coffey Grain" de NIKKA, mais attention, n’y cherchez pas de goût de café s’il vous plaît, car il s’agit en réalité d’un hommage au père des alambics à distillation continue : En effet, Aeneas COFFEY, un irlandais, perfectionne 1830 le procédé inventé en réalité par Robert STEIN en 1826. COFFEY, qui est irlandais de ce type d'alambics, permets avec cette invention de distiller en continu et à moindre coût l'alcool de grain (ce n'était pas possible avant). On le nomme aussi "alambic à colonne" ou "patent still", par opposition aux alambics charentais ou les "pot stills" écossais qui servent à distiller les single-malts. Ce sont à peu près les mêmes qu'en Irlande, pour faire court)…Il est fort à parier, dans les années à venir, que fort du succès depuis plusieurs années notamment des Single-grains, que le Japon en proposera d’autres, qu’il faudra guetter attentivement !

Pour le moment, les seuls single-grains disponibles en France ont été le "Single-grain" de chez NIKKA, soit en version single-cask et brut de fût, soit en version réduite à 45 %, et certains single-grains âgés (souvent des single-casks) provenant de distilleries fermées comme Kawasaki, commercialisés par la société de négoce "Number One Drinks" et distribués en France via La Maison du Whisky.

 

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Un single-grain de 27 ans provenant de la distillerie KAWASAKI, qui est fermée mais dont le négociant

Number One Drinks a sorti quelques bouteilles il y a quelques années (Photo : © Hugh).

 

 

2/Histoire et description du whisky japonais :



Avertissement :  Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, il me faut vous prévenir que loin d’être anecdotiques ou de simples plagiats,  les whiskies japonais ont su s’imposer ces dernières années grâce des compétitions internationales ou, dégustés à l’aveugle par les plus grands spécialistes du whisky, ils ont égalé et parfois dépassé, pour certains d’entre eux, les whiskies écossais, single-malts tourbés ou non compris ! 

 

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Une des vitrines du centre d'accueil des visiteurs de la distillerie YOICHI ou figure un Single-Cask

brut de fût primé meilleur single-malt au monde il y a déjà quelques années (Photo: © Hugh).

 

Bien que certaines sources fassent remonter la création des premiers whiskies japonais au XIX ème siècle, c'est assez peu probable, car il s'agit davantage d'après mes sources d'assemblages de whiskies écossais importés puis mis en bouteille au Japon avec des noms japonais (déjà bien présents au XIX ème, suite aux échanges avec les premiers européens, des hollandais notamment), ceux-ci n’ayant que peu à voir avec les whiskies japonais d’aujourd’hui. Les essais ayant eu lieu à partir de l'année 1870 pour produire du whisky à partir de recettes locales et d'ingrédients uniquement locaux (à partir d'alcool de riz, de pomme de terre -alcool nommé "shochu"- ou encore de maïs) ayant apparemment échoué, les japonais se mirent alors en quête du savoir-faire étranger en la maitère et écossais en particulier.

Par ailleurs malgré l’hypothèse d’antériorité probable de la distillerie EIGASHIMA SHUZOU  (celle-ci existait depuis 1888 & produisait d’autres spiritueux, mais n’aurait débuté la production de whisky vers 1919-une hypothèse contestée, mais qu'il me faut tout de même signaler-si j'en apprends davantage, je modifierais l'article en conséquence), je m’en tiendrais donc ici à la version la plus communément admise, avec les réserves énoncées ci-dessus, faute de certitudes à ce sujet.

Les premiers whiskies japonais furent donc officiellement créés dans les années 1920 par deux hommes,  Masataka TAKETSURU (né en 1895) et Shinjiro TORII (né en 1878), associés dans un premier temps. TAKETSURU, appartenant à une famille produisant du saké de longue date, entreprend en effet des études de chimie en Ecosse, en 1918, à l’Université de Glasgow, puis s’y marie avec une écossaise, Jessie Roberta COWAN, que l’on surnommera affectueusement plus tard « Rita ». Durant ce voyage, il sera amené à travailler dans plusieurs distilleries, dont notamment, d’après plusieurs sources, la distillerie LONGMORN, dans la région du Speyside, et dont la légende dit qu’il s’inspira de la forme de ses alambics pour concevoir ceux de sa première distillerie (YOICHI). Plusieurs sources mentionnent également son séjour sur la presqu’île de Campbeltown, ou il aurait bien étudié les alambics de la distillerie GLEN SCOTIA. Une fois rentré au Japon, avec sa femme, en 1921, il se rend chez Shinjiro TORII, viticulteur à l’époque, et, grâce à ce qu’il a retenu du fonctionnement des distilleries écossaises, l’aide à ouvrir la première distillerie japonaise, dans la vallée de YAMAZAKI près de Kyoto, qui est aussi le nom choisi pour la distillerie. Créée en 1923 (la première production est effectuée en 1924, elle dispose aujourd’hui de 12 alambics différents). Plus tard, Shinjiro TORII, désireux d’occidentaliser le nom de sa société, ajoutera le préfixe « sun » (clin d’œil à l’empire du soleil levant !) et transforme son nom en mettant un Y à la fin, ce qui donne « SUNTORY ».

 

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 Masataka Taketsuru le fondateur de la distillerie YOICHI et sa femme Jessica Roberta Cowan, surnommée "Rita" (Photo : © Nikka).

 

En 1934, Masataka TAKETSURU quitte l’entreprise pour fonder sa propre société d’abord nommée DAI NIPPON KAJU K.K., puis NIKKA, plus tard propriété du groupe de brasseurs ASAHI BEER GROUP.  NIKKA et SUNTORY deviennent alors deux groupes économiquement rivaux : SUNTORY (situé près de Kyoto, dont les whiskies de la distillerie YAMAZAKI font depuis la moitié des années 2000 seulement tout juste leur entrée dans le marché français des cavistes non spécialisés en whisky), a par la suite amplifié sa production de whiskies en construisant deux distilleries de grande ampleur, la première en 1973, HAKUSHU, dans les « Alpes Japonaises du Sud », puis une seconde, voisine, HAKUSHU HIGASHI, en 1981, avant de les réunir en une seule, HAKUSHU, qui devient alors une des deux ou trois plus gigantesques distilleries de whisky au monde, et la plus grande (pas moins de 24 alambics, de forme et à destination différentes) après celle de GLENFIDDICH, en Ecosse (28 alambics). Elle possède également une distillerie de grain nommée CHITA, dont un single-grain va être bientôt commercialisé en tant que tel. Signalons encore que le groupe SUNTORY est également propriétaire de 3 distilleries écossaises : AUCHENTOSHAN, BOWMORE, GLEN GARIOCH.

 

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La distillerie YAMAZAKI dans la première moitié du XX ème siècle (Photo : © Nikka)

 

 

Quant à la société NIKKA (Nikka whisky distilling & co ltd), elle produit tant des blends et des purs malts que des single-malts. Une première distillerie, YOICHI est construite en 1934, sur l’ïle d’HOKKAIDO, par Masataka TAKETSURU, ce qui en fait la distillerie la plus haut nord du Japon, et par exemple, située sur la même latitude que Toronto ou Vladivostok ! Le premier whisky commercialisable par la distillerie date donc de 1940. Au cœur d’une forêt proche dans l’esprit de TAKETSURU de celles du Speyside, malgré son éloignement de la capitale Tokyo, et du climat parfois rigoureux, la distillerie a comme particularité, outre de disposer depuis de sa propre tonnellerie et de pouvoir utiliser de l’eau de source et de la tourbe locale. De plus, ses 6 alambics sont chauffés au charbon, à l’ancienne, c’est à dire à l’Ecossaise, là ou la quasi-totalité plupart des distilleries d’Ecosse ont abandonné ce mode de chauffe au profit de celui plus neutre de la vapeur d’eau ou du gaz. Nul doute que cela influe sur le goût particulièrement fumé du whisky, tout comme c’était le cas par exemple dans certains anciens LONGROW (produits par la distillerie écossaise SPRINGBANK). Du point de vue aromatique, c’est de la complexité et du caractère des malts de la distillerie écossaise HIGHLAND PARK que ces single-malts charpentés, fumés, plus ou moins tourbés et fruités se rapprochent le plus à mon sens, mais cela est une autre histoire (voir notes de dégustation).  Il existe un lien complexe entre le terroir et le résultat obtenu après maturation, lien difficile à définir mais qui a avoir avec de nombreux facteurs (que ce soit l’eau, la tourbe, les fûts, etc…).

 

 

 

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Une vue récente de la distillerie YOICHI, et ses fameux toits rouges en pagode (Photo : © Hugh)

     

Par la suite, le groupe décide de construire en 1969 une deuxième distillerie, MIYAGIKYO, également nommée SENDAÏ, sur l’ïle d’HONSHU  cette fois. Cette distillerie, entourée de montagnes et bordée par deux rivières (les rivières HIROSEGAWA et SHINGAWA), est située dans une région plus hospitalière (moins humide et plus chaude) que celle de YOICHI. Ses single-malts, issus de 8 alambics (mais la distillerie produit aussi des single-grains), sont d’un caractère plus doux et chocolaté que ceux de YOICHI, et entrent également, comme ceux de YOICHI dans la composition des blends et des purs-malts de la marque NIKKA. Le groupe NIKKA rachète par ailleurs lui aussi une distillerie écossaise, mais une seule, à savoir BEN NEVIS. Depuis quelques années, la troisième distillerie, NISHINOMIYA, une distillerie de grain, ne produit plus, et la production de whisky de grain, destinée aux assemblages du groupe, est élaborée dans les locaux mêmes de la distillerie MIYAGIKYO.

 

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Une vue récente de MIYAGIKYO (Photo: © Hugh).

 

 

NIKKA, tout comme SUNTORY, produit tant des blends et des purs malts (nom japonais conservé de nos jours tandis qu'en Ecosse, la dénomination "Blended-malts" doit désormais s"y substituer), que des single-malts. Timidement, mais sûrement, NIKKA a même commencé à commercialiser des single-grains il y a quelques années des whiskies qui ne sont pas passés inaperçus aux yeux des amateurs dans les Salons du Whisky internationaux ou ils ont été présentés (comme par exemple à Paris, en 2005). Ainsi les NIKKA "Coffey Grain" (voir explication plus haut), sortis tout d'abord en version brut de fût & single-casks, puis en version plus largement produite, à partir d'un grand nombre de fûts et réduite à 45 % (en 2012 pour cette dernière). Des blended-whiskies comme le NIKKA « From the barrel » (un semi-brut de fût titrant 51,4 %) ou des « Pure-malts » comme les NIKKA « RED », WHITE » et « BLACK » (tous en flacon de 50 centilitres et titrant 43 %) jouissent d’une popularité grandissante depuis quelques années en France, popularité loin d’être usurpée de l’avis de nombreux experts internationaux en whiskies, et mes notes personnelles de dégustation n’y dérogeront certainement pas. Depuis, d'autres versions sont sorties, comme en 2012 un nouveau blended-whisky à plus forte proportion de malt, le "NIKKA BLENDED WHISKY" (en flacon de 70 cl et à 40 %). Il existe également un grand nombre d'autres blended-whiskies ou blended-malts produits chez NIKKA, mais une partie est réservée pour le marché intérieur, et pour l'autre les versions sont trop nombreuses ou irrégulièrement disponibles en France pour les évoquer ici (voir plutôt les éventuelles notes de dégustation).

 

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 Une grande partie de la gamme des blended-whiskies & blended-malts de NIKKA, et à gauche,

un YOICHI (Photo : © Constantin Sarafian).

 

Il est utile de rappeler que dans ces trois catégories principales, aujourd’hui dénommées en Ecosse « blended-whiskies », « blended-malts » (bien que sur les étiquetttes japonaises on continue à les nommer « pure-malts »), et « single-malts », que ce soit chez NIKKA, chez SUNTORY, chez KIRIN ou ailleurs, plusieurs de leurs whiskies ont obtenu les plus hautes distinctions des jurys internationaux dans les catégories de meilleur whisky de type single-malt de l’année, que ce soit en 2001 (pour un YOICHI 10 ans en version brut de fût), en 2003 (YAMAZAKI 12 ans), en 2005 (YAMAZAKI 18 ans), en 2006 (HAKUSHU 18 ans), en 2007 (pour le YOICHI millésimé 1987), ou  en 2008 avec un KARUIZAWA  millésimé 1981 (CasK 103), plus d’autres distinctions pour les blended-whiskies et blended-malts, comme par exemple en 2004 (et plusieurs fois depuis) pour le blended whisky SUNTORY HIBIKI 30 ans. Bien entendu, on ne saurait oublier ici d’évoquer l’ « heure et demie » (1h42 en fait) de gloire du superbe blend SUNTORY "HIBIKI" 17 ans, la véritable vedette du film de Sofia COPPOLA « Lost in Translation », sorti en 2003, un film dans lequel le personnage principal, joué par l’acteur Bill MURRAY, censé faire sa publicité, en demande « du vrai » pour être « plus inspiré » dans sa composition.

 

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Bill MURRAY en train de vanter les mérites du blend…et la « vraie vedette », le SUNTORY "HIBIKI" 17 ans.

       

Oui, la liste des whiskies japonais loués, encensés, primés dans le monde serait trop longue. Seuls des néophytes ou des personnes mal informées, ou encore de mauvaise foi peuvent encore rire des des whiskies japonais ou prétendre que leur qualité ne vaudra jamais celle des écossais…

 

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Le blended-whisky maintes fois primé de SUNTORY, le fameux "Hibiki" 17 ans d'âge à 43 % (Photo : Hugh, recadrée).

 

Aux détracteurs de ces whiskies, en effet, l’on pourrait, pour aller dans leur sens, ajouter, sans trahir un grand secret, que les whiskies japonais seraient également de grande qualité car, après avoir racheté certaines distilleries écossaises, cela leur permettrait d’utiliser une partie du stock de whisky de ces distilleries pour « booster » leurs blends et leur « purs-malts », en une proportion difficile à connaître. J’en ai eu depuis, la confirmation, par plusieurs (bonnes) sources, concernant certaines marques, mais il n’y a rien d’« officiellement correct » à annoncer. Personnellement, je dirais que certes, c’est peut être un peu gênant, mais si l’on considère le résultat, d’une part, et que cela ne concerne pas les single-malts d’autre part, l’on peut en conclure qu'en quelque sorte « l’honneur est sauf », n’êtes vous pas d’accord ? Par ailleurs, et on le constatera à la lecture des notes de dégustation des whiskies japonais, la notion de terroir est quasiment une certitude ici (la qualité de l’eau, parfois filtrée au travers de la lave, la typicité des notes fumées, très particulières, évoquant de l'encens, le Sherry qui ne donne pas la même influence que dans le Speyside, les fûts de chêne japonais, le lieu de vieillissement, l’orge, qui est en partie locale, etc.. tous ces éléments, et peut être d’autres, concourent à faire du single-malt japonais un élève qui a parfois dépassé le maître écossais dont il s’est largement inspiré à ses débuts).

 

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Un aperçu des single-malts de la distillerie HAKUSHU, avec, à droite, deux éditions limitées (Photo :© Constantin Sarafian).

 

 

En dehors de ces deux grands groupes, il existe bien d’autres distilleries, indépendantes ou regroupées en sociétés, soit produisant des whiskies destinés au marché local, soit d’importation vers l’Europe ou le reste du monde, comme les distilleries du groupe  KIRIN (3eme producteur japonais), associé à SEAGRAM (en partie racheté par Pernod-Ricard), à savoir notamment FUJI GOTEMBA  (créée en 1973, près du célèbre Mont FUJI, et qui produit essentiellement des single-malts destinés aux blended whiskies & blended-malts, ou en éditions très limitées, mais également un single-grain) et il y a peu KARUIZAWA.

Ainsi, KARUIZAWA, racheté par KIRIN en 2007, est une petite distillerie à la fois artisanale et sophistiquée, située au centre de l’île d’HONSHU, dans une région viticole, sur les hauteurs, près du Mont ASAMA (un volcan encore en activité et dont la lave, une fois séchée, influence dit-on le goût du whisky car elle sert à filtrer l’eau de la source utilisée pour le produire, une eau très alcaline et très minéralisée). La distillerie KARUIZAWA, connue aussi sous le nom de SENRAKU OCEAN, est une distillerie créée vers 1955, et dont une des particularités principales est d’utiliser exclusivement comme orge la célèbre variété « Golden promise » (autrefois étroitement associée à la distillerie The MACALLAN –aujourd’hui elle a en effet choisi de diversifier les variétés d’orge utilisées), de rester à l’échelle artisanale (cuves de fermentation ou « washbacks » en pin d’Oregon, seulement 4 alambics au total, et utilisation pour partie d’ex-fûts de Sherry d’Espagne pour l’élevage de son whisky). Les premières productions disponibles en France furent des "Pure-malts" (dont on ne peut garantir que d'autres single-malts non japonais ne sont pas inclus dans l'assemblage) de 12, 15 et 17 ans d'âge (le 12 ans contenant du 31 ans d'âge de Karuizawa), tous réduits à 40 % mais tout de même non dénués de qualités. Pendant un temps l'on pouvait même trouver une version de 8 ans d'âge dans une enseigne très populaire...

Ses single-malts, autrefois davantage tourbés, sont commercialisés et importés en Europe notamment par la société Number One Drinks, sous forme de single-casks millésimés et mis en bouteille bruts de fût, jusqu’à des millésimes plutôt rares et parmi les plus anciens encore disponibles pour des distilleries japonaises, comme par exemple un millésime 1960, présenté en 2012. La distillerie ne distille plus depuis l’an 2000 (date de la dernière période de production dont sont issus notamment les « Asama » -une des rares mises en bouteille alliant plusieurs fûts de la distillerie depuis plusieurs années, dont une version réduite à 46 % et assemblant des fûts de 1999 et 2000). Elle fermera ses portes en 2010, la société de négoce Number One Drinks (fondée en 2006 par  David Croll et Marcin Miller, premier rédacteur de "Whisky Magazine") ayant racheté tout le stock de fûts en 2011/2012.

 

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Le KARUIZAWA "1967" (single-cask No  6426), un des plus beaux single-casks de la distillerie,

un 42 ans d'âge mis en bouteille en 2009 par la société de négoce Number One Drinks (Photo :© Hugh).

 

 

 

Il existe nombre d’autres distilleries, certaines ouvertes (CHICHIBU), d’autres en sommeil (MARS SHINSHU) fermées (KAGOSHIMA, HANYU, SHIRAKAWA), d’autres encore en construction ou en projet en passe d’aboutir, comme la distillerie MONDE SHUZOU, de la société TOKUOKA limited. On parle même d’un single-malt nommé USUIKYOU -à suivre !-dernière minute : En fait certains whiskies de la distillerie sont désormais importés en France par l'importateur et distributeur français "Les Whiskies du Monde". Ainsi le public français peut trouver les single-malts ISAWA 10 & 25 ans d'âge réduits à 43 % chez certains cavistes.

La distillerie MARS SHINSHU, par exemple,  fondée en 1953, est située à Kagoshima, près de Nagano, sur l’île d’ Honshu, était jusqu'à il y a peu de temps en sommeil. Elle possède 2 alambics, s’approvisionne en eau provenant de 2 sources voisines, et utilise des fûts tant de Bourbon, de Brandy que de Sherry, et faisait importer du malt  tourbé d’Ecosse. On estime aujourd’hui le stock disponible à 500 fûts. Le single-malt le plus courant produit par la distillerie est le KOMAGATAKE 10 ans d’âge, mais des versions plus âgées (22, 24 ans) commencent à être disponibles, toutefois uniquement à ma connaissance vendues à l’intérieur du marché japonais.

 

 

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Le blended-malt (au Japon on dit encore "Pure-malt") de 28 ans d'âge  "MARS Maltage" produit par la distillerie Mars Shinshu,

ici un assemblage de plusieurs single-malts pas tous de la distillerie, mais remis à vieillir 3 ans à la distillerie (Photo : © Hugh).

 

 

 

La distillerie SHIRAKAWA est une ancienne distillerie située à Fukushima, dont les origines en tant que distillerie de whisky sont un peu incertaines. L’on convient que la production semble avoir débuté en 1947, au moment ou la distillerie avait été rachetée par la société TAKARA, dont le directeur Takara SHUZOU produisait auparavant du Saké et du Shochu, ainsi que de la bière, et le groupe MERCIAN. Par la suite, on apprit que TAKARA avait racheté également la distillerie écossaise TOMATIN. SHIRAKAWA était pendant longtemps plutôt une usine comportant une chaîne d’embouteillage de spiritueux plutôt qu’une distillerie. Le fleuron de la distillerie de whisky fût le single-malt SHIRAKAWA, encore disponible aujourd’hui (mais à prix très élevé dit on) en 12 ans d’âge et en 32 ans (un brut de fût à 55 %), malgré la fermeture de la distillerie en 2002. Il est évident que la catastrophe du 11 mars 2011 n'a rien arrangé. Tout ce qu'il faut espérer c'est que le stock de fûts de la distillerie ait été déplacé avant la catastrophe. Je n'ai pas d'informations sur ce sujet.

La distillerie EIGASHIMA SHUZOU (ou "WHITE OAK" aujourd'hui) existait depuis 1888 et produisait divers spiritueux, mais certaines sources parlent de début de production de whisky vers 1919.  Cependant, la distillerie actuelle, située dans la ville d’Akashi, près de la mer de Setouchi, dans la région de Kobe, ne fût fondée officiellement qu’en 1985. Elle produit à la fois du Saké, de la bière et du whisky. Elle possède deux alambics et son malt est importé de Grande-Bretagne. La production de whisky est intermittente, donc son single-malt, nommé AKASHI, n’est disponible que de manière très limitée. La plupart de la production était destinée à un blended-whisky nommé « WHITE OAK », désormais disponible en France en plusieurs âges et finitions.

 

 

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L'entrée de gamme (version Blended-whisky) "Akashi" de la distillerie WHITE OAK).

 

 

La distillerie KAGOSHIMA, (parfois nommée SATSUMA), propriété de la société HOMBO Spirits, distillant également du shochu, fût fermée circa 1984, était située dans une région volcanique, juste en face du volcan Sakurajima, très au sud du Japon, sur l’île de KYUSHU.  Le single-malt produit par le distillerie a souvent porté le nom de SATSUMA, et est encore disponible par exemple en version brut de fût dite « TRIPLE-CASK », un 20 ans d’âge, mis en bouteille en 2004.

Parmi les distilleries les plus réputées, l'on trouve HANYU, une distillerie aujourd’hui fermée, mais dont Ichiro Akuto, le directeur d'une distillerie voisine, CHICHIBU, et de la société de négoce Ichiro's Malt, tente de reprendre le flambeau. HANYU, distillerie située près d’une ville du même nom, près de la rivière Tone, au milieu de rizières à perte de vue.

Gérée par la société TOA, dont la famille Akuto, HANYU est créée en 1946 et dispose tout d’abord d’un seul alambic, puis de 2, ainsi qu’un à distillation continue. Cette ancienne brasserie et distillerie de saké, possédait sa propre chaîne d’embouteillage et utilisait des fûts neufs et usagers dont des fûts de Sherry.

 

 

 

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Groupe de bouteilles des distilleries CHICHIBU et HANYU, dont la fameuse série des "cartes à jouer" des single-casks d'HANYU

(Photo : © Hugh)

 

 

Elle commercialisait et importait également du whisky écossais. Suite à une production intermittente et une faillite financière, la distillerie cesse de distiller en 2000, et la société fait démanteler les installations de production en 2004. Le petit-fils d’Isoujo AKUTO, un des fondateurs, à savoir Ichiro AKUTO, décide alors de s’en tenir à faire revivre le nom de la distillerie en faisant mettre en bouteille des single-malts de l’ancienne distillerie essentiellement en single-casks et brut de fût en édition limitée, avec le label « Ichiro’s Malt » au sein de la société Venture Whisky Limited, en attendant (ce qu’il réalise en 2008) la construction d’une nouvelle distillerie, CHICHIBU, qu’il a souhaité plus artisanale encore (orge locale, tourbe locale, petite production). Leur packaging original (reprenant les motifs des cartes à jouer sur la quasi-totalité de l’étiquette) et leur réputation leur vaut une belle fortune critique et un avenir assuré aux descendants des fondateurs.

                      

 

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Le premier single-malt (2008-2011) de la distillerie CHICHIBU. Jeune, mais quel potentiel déjà!

(Photo : © MdW)

                                          

 

   

Mais c’est aussi désormais grâce à la société de négoce Number One Drinks (fondée par Marcin MILLER et David CROLL, des anciens responsables de Whisky Magazine Japon et Grande-Bretagne), que les single-malts HANYU sont distribués notamment en Europe, ainsi que ceux d’autres distilleries (KARUIZAWA) ou des assemblages inédits jusqu’alors (le blended-malt GINGKO).

Il existe aussi des distilleries de single-grains au Japon, mais l’on possède peu d’information à ce sujet . Tout au plus signalons celle du groupe NIKKA, située à NISHINOMIYA  à HYOGO (Honshu, créée circa 1962), mais dont les chais de vieillissement sont situés ailleurs, à TOCHIGI.  Signalons également la distillerie KAWASAKI qui est fermée, mais dont le négociant "La Part des Anges" (par le biais de Number One Drinks qui à elle aussi quelques fûts) a embouteillé les millésimes « 1976 » et « 1981 » en 2009.

 

Conclusion : Lourdement taxés, les whiskies japonais restent des produits de luxe, certes un peu plus présents depuis quelques années sur le marché français, mais à quel prix ! – nombreux en effet ne sont pas exportés hors du Japon, ou en tout cas n'ont pas de distributeurs français, même si la donne a encore changé depuis ces dernières années. Il y a désormais sauf erreur, un distributeur de plus, c'est à dire "Les whiskies du monde" (pour les whiskies de la distillerie "WHITE OAK"), mais aussi des assemblages divers, puis La Maison du Whisky pour Nikka, Number One Drinks  et depuis peu Laurent Perrier qui distribue les whiskies du groupe SUNTORY, à quelques exceptions de bouteilles près, certaines étant encore en vente auprès de la M.d.W.

 

 

 

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Un des superbes single-casks de la distillerie YOICHI, ici un millésime "1986" de 22 ans d'âge, titrant 59 % (Photo : G.S.)

 

 

Le lecteur comprendra pourquoi toutes les distilleries mentionnées n’ont pas forcément donné lieu à des dégustations. La seule solution, à moins d’avoir un budget très élevé pour commander ces whiskies par le biais des différents sites internet officiels et de distributeurs ou négociants (les frais de port étant prohibitifs), est de se rendre sur place, voire même à la distillerie lorsque c’est encore possible. Le centre d’accueil de la distillerie YOICHI, par exemple, a même reçu une distinction internationale, et l‘on y trouve nombre d’embouteillages rares impossibles à obtenir en France. YAMAZAKI, concurrent direct, n'est pas en reste. Par ailleurs, le packaging  des bouteilles de whisky japonais, en général, de l’étui à l’étiquette incorporant parfois de la calligraphie très sobre et parfois extrêmement raffinée, et la qualité de leur contenu ont de plus en plus la faveur des connaisseurs occidentaux, mais hélas, les taxes à l’exportation font de ces whiskies, à l’arrivée, des objets d’une valeur par trop supérieure comparée aux whiskies écossais en général (du simple au double, voire, triple pour un 10 ans ou un 15 ans réduit …), sans parler de la marge des distributeurs.

Que cela n’influe cependant pas trop sur votre jugement. Essayez-les et vous verrez par vous-mêmes que la qualité est en général au rendez vous…Certains sont même exceptionnels, et il est fort à parier que de nombreux trésors sont à venir en provenance des distilleries du Soleil Levant, d’autant plus que là bas aussi, de nouvelles distilleries s’ouvrent !

 

A suivre !

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