Histoire du Whisky

 

Une Brève Histoire du Whisky...

 

 

 Mise Ă  jour: 11/01/15

 

 AU DEBUT:

 

L'origine du whisky semble remonter Ă  la nuit des temps (si j'ose dire, puisque l'art de brasser de la bière est bien plus ancien encore), les Égyptiens pratiquant dĂ©jĂ  la distillation des parfums 3 000 ans avant J.-C., ils connaissent en outre la fermentation de l'orge puisqu''ils produisaient de la bière. En fait, c’est l''Islam mĂ©diĂ©val qui nous apporte le savoir de la distillation et le mot pour la solution « alcool Â» ("al-koh’l" en arabe dĂ©crivant une poudre sombre utilisĂ©e non comme l’a cru d’abord comme fard Ă  paupière mais comme parfum).

A l'occasion de fouilles menĂ©es sur les berges de la rivière Liffey Ă  Dublin, on a dĂ©couvert des inscriptions sur des peaux de renne tannĂ©es datant d''avant notre ère. L'auteur en fĂ»t probablement un chaman, un magicien ou un alchimiste - ou son Ă©quivalent celtique en ces temps reculĂ©s, qui s''Ă©tait essayĂ© Ă  distiller un mĂ©lange de cĂ©rĂ©ales et d''eau. MĂŞme si le manuscrit d''origine est lacunaire et par endroits indĂ©chiffrable, il a Ă©tĂ© possible de se faire une idĂ©e assez prĂ©cise de ce qui prĂ©occupait ce distillateur primitif : Celui-ci s''appelait « Pah-Dee Â» et vivait sur la rive sud de la Liffey, sous un climat semble-t-il très rigoureux, puisqu''il prĂ©cise ĂŞtre vĂŞtu de fourrures. Barry Walsh (maĂ®tre assembleur chez Irish Distillers) a usĂ© de licence poĂ©tique pour moderniser le texte. La description faite par Pah-Dee d''une "eau de feu" passĂ©e trois fois constitue Ă  l''Ă©vidence le premier document attestant la triple distillation de whiskey irlandais. Les pillards, dit-on, venaient probablement d''Ecosse, mais plus rien ne permet de l''affirmer aujourd''hui.

 

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 Un des plus anciens blended whiskeys irlandais

 

Ă€ partir du XIIème siècle la distillation de l''eau-de-vie se rĂ©pand progressivement en Europe, notamment en Écosse et en Irlande, oĂą l’alambic ferait son apparition avec les missionnaires chrĂ©tiens: La lĂ©gende veut que Saint Patrick lui-mĂŞme, saint patron des Irlandais, l'ait introduit au Vème siècle –l'on en certes a retrouvĂ© aucune preuve jusqu’ici. La pratique et le savoir-faire se dĂ©veloppent dans les monastères. Cependant, il faut attendre le XIème siècle pour que les progrès dans les techniques de condensation permettent de produire des boissons. Le whisky, alors appelĂ© "uisge beatha" (du gaĂ©lique « eau de feu Â»., mot qui  sera ensuite dĂ©formĂ© en "usgebaugh", abrĂ©gĂ© "uisge" avant de devenir "uisky"), a Ă  cette Ă©poque une fonction essentiellement thĂ©rapeutique et est utilisĂ© autant en onguent qu''en mĂ©dicament. Au XIIème siècle les soldats anglais qui envahissent l''Irlande dĂ©couvrent la boisson alcoolisĂ©e qui semble alors jouir d''une popularitĂ© notable auprès de la population locale. En 1608, c’est la distillerie BUSHMILLS qui obtient la première licence officielle de distillation (mĂŞme si elle ne distillera officiellement qu'Ă  partir du milieu du XVIII ème siècle).

 

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 OLD BUSHMILLS, la plus ancienne distillerie irlandais sans doute, qui a encore changĂ© de propriĂ©taire en 2014.

 

 

La première trace Ă©crite Ă  propos du whisky remonte Ă  1494, en Ecosse. Il s''agit d''une note, dĂ©sormais cĂ©lèbre, se rĂ©fĂ©rant Ă  la production d’eau-de-vie dans un registre officiel, l''Exchequer''s roll, qui prĂ©cise l'acquisition de « 8 bolls of malt to Friar John Cor, by order of the King to make aqua vitae » (« huit balles de malt pour le frère John Cor, par ordre du Roi, afin de produire de l’eau-de-vie Â»), tĂ©moignage d''une pratique dĂ©jĂ  bien installĂ©e. On considère gĂ©nĂ©ralement que les moines de Dal Riada firent profiter les Écossais de leurs connaissances dans le domaine de la distillation lorsqu''ils vinrent Ă©vangĂ©liser les Pictes de CalĂ©donie.

Au XVIème siècle la mise au point de systèmes de refroidissement à eau permet une nette amélioration qualitative qui accélère le développement économique du whisky écossais (Ils seront perfectionnés au siècle suivant en donnant au conduit d''échappement une forme de serpentin.. La forme des alambics s''allonge alors de plus en plus au niveau du col pour se rapprocher du dessin actuel, ces modifications favorisant l''élimination des impuretés). La dissolution des monastères anglais puis écossais amène les moines à se fondre à la population séculière et à communiquer leur savoir-faire. Si la revente d''eau-de-vie en Écosse n''est licite que pour les barbiers et chirurgiens depuis 1505, elle est parallèlement devenue une activité courante à la ferme où tout surplus de grain est distillé.

 

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 L'orge Ă©cossaise, un temps minoritaire dans la production du whisky du mĂŞme pays, est de nouveau produite de manière plus importante depuis quelques annĂ©es, mais peu de distilleries peuvent se targuer de la mention "Local Barley" ou "Scottish Barley" hĂ©las.

 

 

La distillation ne devient lĂ©gale en Ecosse qu''avec l'' Â« Excise Â» Act de 1823 : La loi est votĂ©e après que le Roi George IV, en visite dans la rĂ©gion du Speyside, demande Ă  goĂ»ter ce fameux GLENLIVET dont on lui parle tant et qu’on lui refuse  car « Mais, sire, c’est illĂ©gal Â», lui dit on … Après l’avoir goĂ»tĂ© et approuvĂ©, il incite le Duc de Gordon Ă  lĂ©galiser cette distillerie clandestine, et par effet boule de neige, assez vite, celui-ci lĂ©galise la plupart des distilleries. The GLENLIVET devient la première distillerie Ă©cossaise autorisĂ©e en 1824. A partir de cette date la production clandestine diminue inexorablement. Dans le mĂŞme temps la production industrielle se dĂ©veloppe. Aux États-Unis le prĂ©sident Thomas Jefferson a aboli en 1802 les taxes sur le whisky. De nombreux entrepreneurs se lancent dans la production. Le prĂŞtre baptiste Elijah Craig est le premier Ă  utiliser des fĂ»ts de chĂŞne pour transporter son whisky. Le système de filtration au travers d’une couche de charbon est inventĂ© en 1825 par Alfred Eaton. Ce système est toujours utilisĂ© de nos jours (par Jack Daniel''s par exemple). Les amĂ©liorations techniques favorisent la production industrielle : en 1826, l'on invente en Irlande le système de distillation en continu de l’alcool de grain, c’est le "patent still". Paradoxalement, Ă  l'Ă©poque, il n’est utilisĂ© qu’en Écosse oĂą il remplace le pot still encore d’actualitĂ© au XIXe siècle en Irlande.

 

En 1853 le premier blended whisky est créé par Mr Usher de la distillerie Glenlivet. Il associe différents whiskies de malt avec différents whiskies de grain. L’arrivée du blend va révolutionner l’industrie du whisky. Sa fabrication plus économique, son goût moins typé (c'est ce qui est recherché) et presque reproductible à l’infini va entraîner la quasi disparition des single-malt pendant près d’un siècle et va favoriser le déclin des productions irlandaises et américaines. Les distilleries irlandaises refusent de pratiquer le blending. Cela va alors entraîner la fermeture de plus des deux tiers de celles-ci (on passe de 160 à 30 distilleries de 1850 à 1900). En 1909, après le jugement d’une commission royale, le blend acquiert le droit d’être commercialisé sous le nom de whisky.

 

 

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 Nous devons Ă  Usher le fait d'avoir lancĂ© les blended whiskies en Ecosse, en 1853, et autour notamment du single-malt The Glenlivet.

 

 

Au début du XXème siècle, 90% de la production de whisky en écosse se fait sous la forme de blended whisky. Rares sont les distilleries qui comme CAOL ILA, BOWMORE, THE MACALLAN ou GLEN GRANT proposent toujours leur single malt à la vente. C’est cependant l’âge d’or des distilleries écossaises, qui ne produisent que pour ce type de produit.

A cette période faste (on compte plus de 160 distilleries officielles en Écosse en 1890) succède une période de récession. La surproduction d’alcool entraîne la fermeture totale ou momentanée d’un grand nombre de distilleries.
 
Aux États-Unis, l’industrie du whisky commence à être menacée avec les créations des premières ligues anti-alcool à la fin du XIXème siècle. Après une première baisse de la consommation de whiskey pendant la Guerre de Sécession, la Prohibition imposée de 1920 à 1933 met durablement à mal l’industrie du whisky aux États-Unis. Les bourbons ne commenceront à relever la tête qu’à partir des années 1980.
 
 
 
 
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Une société de spiritueux américaine, rendant ici en hommage à ce président, qui, ils ont du l'oublier, arrêta grâce à une milice
le soulèvement du aux taxes sur les spiritueux
 
 
 
ET HORS D'ECOSSE?
 

En Irlande le whiskey est lui aussi en difficultĂ© au XXe siècle. L’arrivĂ©e des blended whiskies Ă©cossais puis la guerre civile et la partition de l’Irlande dans les annĂ©es 1920 vont chambouler le marchĂ© du whiskey. Il perd sa principale zone de vente : le Royaume Uni. Heureusement la diaspora irlandaise en AmĂ©rique du Nord va permettre d’écouler la production. Après la seconde guerre mondiale, il ne restera que 4 distilleries en activitĂ© en Irlande (BUSHMILLS, CORK Distillery, JAMESON et POWERS). Plus tard, en 1973, les trois dernières dĂ©cident de regrouper leur centre de production sur un seul site : Midleton. Ce qui fait qu’au dĂ©but du XXI ème siècle, l’Irlande ne compte plus que trois distilleries en activitĂ©, BUSHMILLS, en Irlande du Nord, MIDLETON et COOLEY en Eire: COOLEY, qui produit notamment les Single-Malts CONNEMARA & The TYRCONNELL ayant Ă©tĂ© crĂ©Ă©e en 1987. Les deux dernières, dont Midleton surtout, aux alambics gigantesques, dĂ©clineront ainsi tous les whiskies de marque Jameson (ainsi que d’autres marques), produisant dans les mĂŞmes alambics plusieurs blends et plusieurs Single-Malts ou Pure Pot Stills. Cette concentration les sauvera, pour preuve les florissantes ventes du blend Jameson dans le monde entier (Midleton produisant rien moins que 20 millions d’alcool pur par an, tous whiskeys confondus).

 

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 Les marques de COOLEY avant sa rĂ©organisation, du Ă  la vente de la distillerie Ă  Beam Suntory.

 

 

 

Au sortir de la 2ème Guerre Mondiale, c’est un alcool Ă  la consommation encore très restreinte, ce n’est qu’a partir de  1960 (MarchĂ© Commun) et de l’ouverture des frontières qu’il va connaĂ®tre un essor très important,en partie grâce Ă  l’essor de la grande distribution : Le patronat français visite les Etats-Unis et notamment New York, et c’est sur l’île de Long Island que s’ouvre en 1930 son premier hypermarchĂ©, l’ancĂŞtre des gigantesques « malls Â» d’aujourd’hui. Cet exemple leur donne l’idĂ©e de faire de mĂŞme en France pour relancer la consommation et c’est l’enseigne Leclerc qui ouvre en premier son hypermarchĂ© en 1959 Ă  Landerneau, dans le Finistère (mĂŞme si historiquement, c’est Goulet-Turpin, le premier magasin Libre-service, de taille plus modeste, qui ouvre le premier, en 1948 Ă  Paris). Il fait figure de prĂ©curseur, comme l’est souvent, on le verra plus tard,  la rĂ©gion Bretonne, pour le whisky. Dans d’autres rĂ©gions et dans la capitale, il s’en construit Ă©galement, de plus en plus grands, mais Il faudra attendre 1957 pour Paris (premier supermarchĂ©) et 1960 (certaines sources mentionnent 1963, d’autres 1968 ?) pour que s’ouvre un hypermarchĂ©, de marque Carrefour, Ă  Sainte-Geneviève-des-bois, dĂ©mocratisant ce faisant la vente de whisky. Il faudra attendre l’annĂ©e 1965 pour que les droits de douane sur les importations de whisky soient allĂ©gĂ©s quelque peu, en provenance de l’Ecosse, d’Irlande comme des Etats-Unis. La demande peut alors dĂ©coller en France, car il y a diversification progressive du MarchĂ©. Les grandes entreprises de spiritueux qui ne vendaient que leurs produits, acceptent de vendre Ă©galement du whisky (ce qui va particulièrement rĂ©ussir Ă  la sociĂ©tĂ© Pernod-Ricard autrefois Ricard et ne vendant que du Ricard).
 

Pour ce qui concerne les « Bourbon whiskeys Â», leur succès en France est liĂ© Ă  la fois Ă  l’image positive des Etats-Unis victorieux de l’après deuxième guerre mondiale et Ă  celle tout aussi positive (synonyme de courage dans les westerns, de « carburant nĂ©cessaire Â» ou de consolateur chez les dĂ©tectives) et mĂŞme nĂ©gative (lâchetĂ©, dĂ©chĂ©ance, addiction, fuite, Ă©chec) incarnĂ©e Ă  l’écran par les hĂ©ros de western, comme par les acteurs cĂ©lèbres du genre policier: Humphrey Bogart, Cary Grant, Clint Eastwood, Dean Martin, David Niven (longtemps associĂ© aux publicitĂ©s de marque Ballantine’s), etc… Et pourtant, si l’on en croĂ®t les diffĂ©rentes sources que l’on peut trouver sur la question, du fait de son caractère souvent illicite et Ă  la compĂ©tence limitĂ©e de ses « fabricants Â», le whiskey de l’époque des westerns devait plus ressembler Ă  un infâme tord-boyau (un brut de fĂ»t transparent Ă  base d’on ne sait quoi, distillĂ© une seule fois, et n’ayant subi pour ainsi dire aucune maturation) qu'aux breuvages très sombres vus dans les films. Pour sĂ»r qu’il devait ĂŞtre non filtrĂ© il devait l’être, mais aux risques et pĂ©rils des consommateurs !

 

 

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 Les chais de la distillerie BUFFALO TRACE, sans doute la plus importante distillerie amĂ©ricaine (en quantitĂ© d'alcool produit, en quantitĂ©

de marques proposĂ©es, et peut ĂŞtre bien aussi en rapport qualitĂ©/prix 

 
 

PublicitĂ©, marchĂ© et Ă©volution de l’offre whisky en France, et au-delĂ  :

 

La publicité pour l’alcool étant interdite avant les années 1980, cela maintenait le produit whisky dans une certaine marginalité. Progressivement, les lois successives vont assouplir cela, tout en érigeant de nouvelles contraintes. (voir plus loin).

Le cas du blended whisky écossais J & B est intéressant, et rétrospectivement assez cocasse: Vendu à l’origine par la société Moët-Hennessy comme un produit de luxe, au même titre et avec le même type de campagne publicitaire que le Champagne, il est d’abord refusé par les grandes surfaces (les supermarchés puis les hypermarchés) jusqu’aux années 1970, ceci afin de garder le caractère élitiste de ce whisky, auquel on ne prête que peu de succès. Aujourd’hui, l'on n’imagine pas un étal de grande surface sans ce fer de lance de …consommation courante. Certes, ce n’est pas un mauvais blend, il est léger, floral et passe-partout, mais un grand nombre de connaisseurs, s’ils avaient vent de la fortune que ce whisky eu hier, et son statut de produit de luxe, se gausseraient d’un tel décalage par rapport à leur dédain pour ce whisky aujourd’hui. Mais il faut le reconnaître, il est trop souvent de bon ton ces derniers temps de médire des blended whiskies en général, en prenant un ton méprisant, au profit des single-malts, alors qu’il y a de telles réussites dans le passé comme dans le présent, comme je tenterais de le démontrer au chapitre des notes de dégustation. Sans compter que sans les blended whiskies, la plupart des distilleries de malt seraient fermées à l'heure actuelle.

 

 

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 Une marque qui aujourd'hui n'intĂ©resse pas vraiment les connaisseurs du whisky Ă©tait dans les annĂ©es 1960 encore nouvelle pour le public français et considĂ©rĂ©e (on a du mal Ă  le croire aujourd'hui) Ă  l'Ă©poque aussi luxueuse que du Champagne.

 

 

Les annĂ©es 1980 vont marquer le dĂ©but d’une nouvelle phase dans l’histoire du whisky. Une phase de renouveau s’ouvre avec l’avènement du single malt whisky. Ce whisky, presque oubliĂ© depuis la fin du XIXe siècle et qui n’était plus commercialisĂ© que par un très petit nombre de distilleries, refait surface en suivant l’exemple de GLENFIDDICH qui le premier avait fait de grandes campagnes de publicitĂ© afin de promouvoir son single malt. A la mĂŞme Ă©poque, aux États-Unis, les grands distillateurs de whiskey comme Jim BEAM, MAKER'S MARK ou BUFFALO TRACE se mettent Ă  amĂ©liorer la qualitĂ© de leurs productions afin de pouvoir de nouveau concurrencer les blends Ă©cossais qui tenaient le marchĂ© amĂ©ricain. Grâce Ă  ces efforts, le bourbon reconquiert de grandes parts de marchĂ© dans son pays et augmente aussi sa notoriĂ©tĂ© et donc ses ventes dans le monde. Ce sont les annĂ©es 1980 qui vont rĂ©ellement dĂ©mocratiser le produit whisky, elles marquent une vĂ©ritable explosion du marchĂ© du whisky dans le monde, provoqueront une concentration plus grande de ses acteurs Ă©conomiques et des sociĂ©tĂ©s qui possèdent des distilleries, mais cette concentration se fera au prix de nombreuses fermetures de distilleries souvent peu judicieusement et il faut le dire quelque peu arbitrairement (voir le cas de PORT ELLEN, par exemple). De manière gĂ©nĂ©rale, alors qu’il y a un dĂ©clin gĂ©nĂ©ral dans le reste de l’Europe, la France continue de voir ses importations augmenter, elles sont mĂŞme quasiment doublĂ©es entre 1980 et 1990, passant de 14 Ă  26 millions de litres d’alcool pur ! Le secteur survit car elle a sĂ»t diversifier les produits (voir plus loin) qu’elle propose.

En raison du ralentissement du marchĂ© anglais, et de la baisse des exportations de la production Ă©cossaise, la sociĂ©tĂ© Diageo (nommĂ©e D.C.L. puis U.D.V. Ă  cette Ă©poque) fermera 10 de ses 34 distilleries entre 1982 et 1985, certaines fonctionnant dĂ©jĂ  au ralenti depuis 4 ans. Paradoxalement, elle Ă©tait excĂ©dentaire entre 1970 et 1974 (trop de stocks accumulĂ©s), et double alors le volume de ses ventes !

La conséquence est qu’en raison du trop grand nombre de stocks (fûts), elle va en liquider un grand nombre en les revendant en vrac, ce qui va favoriser le développement de sociétés de négoces, dès lors en plein essor, et un certain nombre de spéculateurs qui vont constituer des stocks à long terme pour faire monter les prix.

L’annĂ©e 1983 reste le symbole de cette grave crise que traverse surtout le whisky Ă©cossais, c’est l’époque noire de la fermeture ou la mise en sommeil de nombreuses distilleries Ă©cossaises, pour des raisons obscures de calcul marketing encore peu comprĂ©hensibles aujourd’hui  (au-delĂ  de la crise Ă©conomique qui va profiter aux bourbons), dont vont faire les frais les prestigieuses BRORA et PORT ELLEN, mais aussi BANFF, DALLAS DHU, GLEN ALBYN, GLENLOCHY, GLEN MHOR, (et GLENUGIE dès 1982), SAINT MAGDALENE, puis COLEBURN, CONVALMORE, GLEN ESK, et MILLBURN en 1985, GLENGLASSAUGH en 1986, entre autres, puis une deuxième vague, moins importante, dans les annĂ©es 90, avec les distilleries de GLEN SCOTIA, INVERLEVEN, LITTLEMILL, MANNOCHMORE, PITTYVAICH, ROSEBANK, TAMNAVULIN, etc… Mais heureusement, l’histoire des distilleries est faite aussi de rĂ©ouvertures, de crĂ©ations, notamment dans les annĂ©es 2000…BRUICHLADDICH, SCAPA,….plus rĂ©cemment GLENGLASSAUGH, et d’autres !

La distillerie PORT ELLEN, dont ne subsiste aujourd’hui que la malterie, elle, est toujours en activité, ainsi que quelques vestiges. Les stocks de whisky, eux sont depuis longtemps ailleurs.

 

 

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PORT ELLEN, aujourd'hui reconvertie en malterie industrielle pour les distilleries de l'île (voire au delà), est devenue, après avoir

été fermée en 1983, une distillerie culte. Victime de la spéculation, sa réputation est néanmoins justifiée à mon sens.

 

 

En 1988, la situation se stabilise, mais on constate alors une pĂ©nurie de whiskies jeunes (de 3 ans d’âge), prix  en hausse (50 % en 8 mois). En France, les importations entament une chute entre 1990 et 1991.

1998: En France, le whisky devient l’alcool fort le plus consommé en valeur et le 2ème en volume derrière les anisés.

Une nouvelle rĂ©glementation europĂ©enne (voir avant) puis la loi Evin en France (1991) , va mettre un peu d’ordre dans le marchĂ© français, dans la mesure ou elles vont redĂ©finir ce qu’est un whisky et surtout ce qu’il n’est pas, en partie suite Ă  la prolifĂ©ration de sous-marques titrant Ă  30 % ou non, assemblĂ©s en France, auparavant trop facilement identifiĂ©es sur leurs Ă©tiquettes comme « scotch whisky Â» alors qu’ils ne le sont pas.  Les spiritueux Ă  base de whisky vont donc retrouver ce vocable plus clair et rĂ©duire en nombre sur les Ă©talages des magasins. C’est la fin du «  faux whisky français Â», et dĂ©jĂ  le commencement du « vrai Â», entièrement Ă©laborĂ© en France, mais nous verrons cela plus loin.

 

LA VENTE DE WHISKIES EN FRANCE:

 

Elle se segmente alors en 3 marchĂ©s :

1/Les « whiskies » bas de gamme, premier prix : ImportĂ©s en vrac d’écosse par camions-citernes, ils sont Ă©laborĂ©s en France (traduire assemblĂ©s en France !).Ce sont des spiritueux Ă  base de 30 % de malt d’Ecosse et de grain français, ils n’ont pas droit Ă  l’appellation whisky, ce qui ne les empĂŞche pas de constituer 40 % des ventes en France Ă  l’époque, soit 20 millions de bouteilles vendues par an.

2/Les whiskies standard, que ce soit des grandes marques écossaises ou irlandaises, à la qualité plus strictement contrôlée. Ils représentent une part de marché de 45 %, soit 25 millions de bouteilles vendues par an.

3/Les whiskies haut de gamme, catĂ©gorie qui englobe autant les blended whiskies ou blends de luxe (12 ans et plus), les blended malts (ex-Pure-Malts) de 12 ans d’âge et les Single-Malts de tous âges : Leur part de marchĂ©, 10 % est plus faible, et Ă  l’intĂ©rieur de cette catĂ©gorie les Single-Malts sont minoritaires. Ils ne reprĂ©sentent « que Â» 6 Millions de bouteilles vendues par an.

 

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Ce whisky a beau être boudé par certains, mais c'est le whisky de 12 ans d'âge le plus vendu en Europe et en Asie. Un modèle d'équilibre

en matière de blended whisky (le 18 ans, certes, a davantage de caractère, mais sa composition est différente).

 

 

Attention: Tous ces chiffres sont Ă  relativiser, surtout depuis ces dernières annĂ©es, la concurrence que se livrent les marques est acharnĂ©e, et fait Ă©voluer les prix constamment (et par ricochet donc la consommation, dans une certaine mesure), mais aussi l’offre : Assez dĂ©sorganisĂ©e et faible en nombre au dĂ©part, l’offre s’accroĂ®t, et dans les hypermarchĂ©s elle parvient mĂŞme, vers la fin des annĂ©es 90 et jusqu’à aujourd’hui, Ă  proposer près d’une trentaine de rĂ©fĂ©rences sur parfois plus de 10 mètres linĂ©aires. Cette offre est bien entendue accrue lors de deux occasions patiemment guettĂ©es par les collectionneurs amateurs, la pĂ©riode des fĂŞtes de NoĂ«l et la fĂŞte des pères dans une moindre mesure : Les grandes surfaces consacrant parfois un espace supplĂ©mentaire rĂ©servĂ© aux whiskies, avec souvent hĂ©las très peu d’informations ou de conseil, car tout y est mis sur le mĂŞme plan, et souvent tous les types de whiskies se cotoient en un savant dĂ©sordre. Parfois des commerciaux des grandes marques renseignent le client et distribuent des bons de rĂ©duction, mais point de caviste spĂ©cialisĂ© attitrĂ© ou correctement formĂ©, contrairement aux enseignes thĂ©matiques de vins et spiritueux dignes de ce nom, en thĂ©orie, ou en tout cas comme dans celles qui ont au moins un vendeur connaisseur avĂ©rĂ© (et pas seulement dĂ©clarĂ©, comme c’est hĂ©las encore trop souvent le cas) en whisky.

Cette situation entraĂ®ne dans les annĂ©es 90 des tensions entre fournisseurs et distributeurs, car ce sont ces derniers qui choisissent les marques qu’ils vont mettre en rayon ou non, et donc aussi les marges qu’elles prendront. Elles imposeront très vite leurs prix Ă  des grandes marques de blended whisky comme Ballantine’s ou Johnnie Walker qui ne peuvent pas se permettre commercialement et en terme d’image d’être absentes des rayons des grandes surfaces. Pour augmenter encore leurs profits, les distributeurs et les fournisseurs dĂ©cident alors de proposer deux types de conditionnement qui ont fait leurs preuves commercialement parlant, les bouteilles de blended whisky d’une litre Ă  un litre et demie (qui occupent presque la mĂŞme place sur le rayon qu’une bouteille de 70 cl) d’une part, et les bouteilles plus imposantes avec  Â« balancier Â» (de 200 cl Ă  450 cl), souvent en tĂŞte de gondole, bouteilles gĂ©antes qui avaient Ă©tĂ© utilisĂ©es la première fois dans les annĂ©es 60 pour orner les cafĂ©s et restaurants pour faire connaĂ®tre le produit whisky alors peu connu en France, et surtout pour contourner la publicitĂ© alors interdite.

La concentration des entreprises d’alcool au niveau mondial va continuer dans les annĂ©es 90 (Guinness ayant dĂ©jĂ  absorbĂ© U.D.V en 1986 et RICARD lui rachète IRISH DISTILLERS – dont la marque JAMESON pour les nĂ©ophytes), pour aboutir dans les annĂ©es 2000 en la constitution de deux grands groupes principaux et concurrents qui se partagent les trois quarts du marchĂ© mondial : Pernod-Ricard, qui absorbe Allied Domecq et Seagram en 2000, le N° 1 du whisky en Europe, et Diageo, ex. U.D.V.- United Distillers & Vintners qui est le N°2 en Europe, mais N°1 en AmĂ©rique du Nord, par exemple, et possède 20 % du marchĂ© des alcools dans le monde.  En 1997, 50 % du marchĂ© est rĂ©alisĂ© par les seules ventes de whisky de blends Johnnie Walker et Ballantine’s, mais on constate une lĂ©gère baisse car de plus en plus, il y a un  transfert (pour petite part toujours tout de mĂŞme, moins de 10 %) vers des achats de single-malts d’entrĂ©e de gamme du type ABERLOUR 10 ans, GLENFIDDICH 12 ans,  par exemple …

 

 

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Le Glenlivet 12 ans,  premier single malt Ă  obtenir une licence royale en Ecosse en 1823. C'est aussi la plus forte vente aux Etats-Unis

et la seconde marque de single malt la plus vendue au monde. Et accessoirement le premier single malt dégusté dans mon histoire

personnelle. Un classique "tous terrains" dirais-je.

 

Suivent, loin derrière, d’autres grands groupes comme LVMH (qui rachètera dans les annĂ©es 2000 GLENMORANGIE, ARDBEG et GLEN MORAY, avant de sĂ©parer de cette dernière l’an dernier). C’est Ă©galement cette sociĂ©tĂ© qui possède depuis peu les « Classic Malts Â». Ces groupes ne sont pas inquiĂ©tĂ©s par la rĂ©glementation de la publicitĂ© sur les spiritueux,  (comme en tĂ©moigne les Ă©normes affiches jusque dans le mĂ©tro parisien d’un des fers de lance de Pernod-Ricard, le blend CLAN CAMPBELL), publicitĂ© qu’ils parviennent Ă  contourner grâce Ă  l’utilisation dans les slogans de celle-ci de la notion de terroir, autorisĂ©e par la loi.  Quelques dates Ă  rappeler :

1978: La Loi Barzach sur la publicitĂ©  est votĂ©e (30/07/1987) : La publicitĂ© du whisky est Ă  nouveau rĂ©glementĂ©e :

Article L 17: Interdiction messages pub au premier degré pour les whiskies à la télévision et à la radio

Article L 18: Obligation de la mention dans les pubs : « L’alcool …à consommer avec modĂ©ration Â»

1991:  C’est au tour de la Loi Evin (01/10/1991), qui instaure la mention suivante :  Â« L’abus d’alcool est dangereux pour la santĂ© Â». La loi limite les conditions de la publicitĂ© sur le whisky, en la centrant sur ses origines (notion de terroir) et restreint toute Ă©vocation de la notion de plaisir.

 

ET DE NOS JOURS:

 

Grâce Ă  l’offre multiple et Ă  la concurrence que se livrent les grandes surfaces, les prix des whiskies vont progressivement devenir plus abordables pour le public, malgrĂ© le passage Ă  l’euro qui n’est pas sans consĂ©quence et sans lĂ©gère inflation, pour ce produit comme pour d’autres de plus grande nĂ©cessitĂ© (que les amateurs me pardonnent !). Parallèlement, certains grands fournisseurs prĂ©fèreront choisir de distribuer leurs whiskies par l’intermĂ©diaire des cavistes : Ainsi DUGAS (incluant Angostura), et notamment un de leurs partenaires Ă©cossais Ian McLEOD, choisira la chaĂ®ne de magasins Le Repaire de Bacchus, alors que DIAGEO tablera Ă  la fois sur les grandes surfaces, sur les enseignes Nicolas et leur concurrent Le Repaire de Bacchus pour vendre ses fameux « Classic Malts », une des plus belles rĂ©ussites marketing de ces deux dernières dĂ©cennies, ayant pris le pari de prĂ©senter une sĂ©lection de six Single-malts (et maintenant sept avec CAOL ILA depuis 2007- sans parler d’autres- voir plus loin) prĂ©sentĂ©e comme reprĂ©sentative des diffĂ©rentes rĂ©gions d’Ecosse :

 

 

a_b.h.w._pics 19c_Classic_Malts

 Les fameux "CLASSIC MALTS" (enfin, une partie d'entre eux), une belle crĂ©ation de marketing datant de 1988,

a eu le mérite de faire découvrir au plus grand nombre des single malts aussi prestigieux que LAGAVULIN ou TALISKER.

 

 

Cette sĂ©lection propose en effet des whiskies de qualitĂ© comme le DALWHINNIE 15 ans, un whisky au parfum de miel de bruyère des Highlands du Sud, le CRAGGANMORE 12 ans plutĂ´t boisĂ© et sec de la riche rĂ©gion du Speyside (plus de 50 distilleries !), ou le TALISKER 10 ans de l’île de Skye, plus au Nord et Ă  l’Ouest, un whisky de caractère modĂ©rĂ©ment fumĂ© et tourbĂ©, très Ă©picĂ© mais Ă©lĂ©gant. Plus « lourdement Â» fumĂ© et tourbĂ©, le LAGAVULIN 16 ans, est situĂ© lui au Sud–Ouest sur la cĂ©lèbre Ă®le d’Islay. Mais la sĂ©lection inclue aussi des single-malts plus doux et discrets en caractère, toujours de qualitĂ©, comme le GLENKINCHIE 12 ans, un whisky maltĂ©, qui Ă©voque la brioche, et est originaire des basses terres (Lowlands !), au Sud, plus proche de l’Angleterre. Enfin, l’OBAN 14 ans, du nom de la ville portuaire des Highlands de l’Ouest d’oĂą il est originaire, un whisky discret, marin mais tout en retenue, avec des nuances boisĂ©es, fruitĂ©es et maltĂ©es. La gamme des « Classic Malts » a Ă©tĂ© lancĂ©e en 1988 chez les cavistes et en 1995 dans les grandes et certaines moyennes surfaces.

DIAGEO a ces dernières années également acquis d’autres distilleries, comme BLAIR ATHOL, CARDHU, CLYNELISH, GLEN ORD et ROYAL LOCHNAGAR (voir notes de dégustation à venir, ou reportage sur les salons du whisky).

Plus indĂ©pendantes, les autres Ă®les, comme celle d’ARRAN (ne pas confondre avec celle qui ne possède qu’un « R Â» et se trouve elle en Irlande, on en fâcherait plus d’un !) qui donne son nom Ă  un whisky single-malt dont on vient de fĂŞter le premier 10 ans d’âge l’annĂ©e dernière, distribuent souvent elles-mĂŞmes leurs whiskies. Les Ă®les de MULL avec l’ancienne distillerie TOBERMORY, qui se produit des whiskies plus tourbĂ©s comme LEDAIG, l’île de JURA qui produit l’ ISLE OF JURA et bien plus au Nord-Est les Orkney Islands (ou Ă®les Orcades) possèdent aussi leur distilleries….SCAPA et HIGHLAND PARK. Par ailleurs la rĂ©gion de Campbeltown (distilleries SPRINGBANK & GLEN SCOTIA) est oubliĂ©e de cette sociĂ©tĂ©. HĂ©las il n’existe pas de gamme davantage reprĂ©sentative, car, sachant que dans chaque rĂ©gion citĂ©e il peut y avoir de grandes diffĂ©rences d’une distillerie Ă  l’autre, il aurait fallu prĂ©voir plus 100 bouteilles dans cette gamme hypothĂ©tique….

 

 

 

a_b.h.w._pics 27_Springbank

 SPRINGBANK, Une des rares dernières anciennes distilleries artisanales et familiales Ă  encore exister, d'une part, et proposer

des single malts de qualité, d'autre part, de mon point de vue en tout cas.

 

 

Et que dire des colosses que sont La Maison du Whisky, crĂ©Ă©e en 1956 (deux boutiques Ă  Paris, une Ă  La RĂ©union et, depuis 2007, une Ă  Singapour), dirigĂ©e par Thierry BĂ©nitah (c’est une entreprise familiale, le pionnier, George BĂ©nitah, ayant fondĂ© la sociĂ©tĂ©), ou de l’enseigne Lavinia (près de 1500 rĂ©fĂ©rences de whiskies pour le premier, environ 500 pour le deuxième). Ils concentrent Ă  eux deux l’offre la plus grande disponible dans une boutique en rĂ©gion parisienne, mĂŞme si certains cavistes proposent, en rĂ©gion parisienne comme en province, rĂ©gulièrement plus de 150 rĂ©fĂ©rences, et certains affichant mĂŞme près de 500 rĂ©fĂ©rences (voir la section « Bonnes adresses Â»). Mais ce n’est pas toujours la quantitĂ© qui compte ou la surenchère sur les sĂ©ries limitĂ©es, ou sur des versions indĂ©pendantes d’une seule maison, mais la disponibilitĂ© et la constance de la qualitĂ© de whiskies de rĂ©fĂ©rence, les valeurs sĂ»res, comme on dit…le conseil, bref, cela peut très bien ĂŞtre une des 20 ou 50 bouteilles du caviste près de chez vous ou de votre grande surface favorite, c’est selon le besoin, le prix, l’usage et la rĂ©putation des bouteilles que le consommateur se dĂ©terminera.

Rappelons tout de mĂŞme qu’il faudra attendre le milieu des annĂ©es 1970, et 1975 pour ĂŞtre plus prĂ©cis (mĂŞme si certaines sources parlent de 1963 ou 1968), pour voir apparaĂ®tre sur les rayonnages des magasins (français notamment) les premiers Single-Malts Ă©cossais de manière significative, dont notamment un GLENFIDDICH « Special Reserve Â», sans indication d’âge, aujourd’hui disparu (c’était un 8 ans d’âge que Jim Murray semble beaucoup regretter), remplacĂ© plus tard par le 12 ans d’âge. Aujourd’hui, GLENFIDDICH produit plus de 10 millions de bouteilles par an !

 

 

a_b.h.w. 29._Glenfiddich_S.R.

 Sans doute le premier single malt (affichant encore l'ancienne appellation "pure malt") vendu en France, dans les annĂ©es 1970.

Ironie du sort, à l'époque, c'était déjà un whisky sans compte d'âge (les fameux "n.a.s." = no age statement).

 

 

ESQUISSE DE CONCLUSION :
 

Il a fallu du temps pour faire reconnaître au whisky le droit d’exister comme spiritueux dans une France davantage réputée pour la qualité de ses vins, mais aussi pour ses propres alcools comme l’Armagnac et le Cognac, pour ne parler que de ceux là, qui s’ajoutent aux eaux-de-vie de fruits passées en fût ou non, et au marché plus industriel des alcools aromatisés….

Il a fallu du temps (bien plus) pour le faire admettre comme boisson alcoolisĂ©e faisant partie intĂ©grante d’un art de vivre particulier qui se dĂ©finit autant par le partage amical des « grands crus Â» (les single-malts se faisant timidement mais sĂ»rement leur place depuis les annĂ©es 2000 surtout) que des whiskies plus modestes mais tout de mĂŞme de qualitĂ© en gĂ©nĂ©ral, et autant par la plus grande accessibilitĂ©, grâce aux cavistes spĂ©cialisĂ©s et Ă  ceux qui ont bien voulu s’y intĂ©resser, aux grandes surfaces, aux sites internet français et Ă©trangers auxquels je tiens Ă  rendre hommage ici, et Ă  leurs forums – certains proposant mĂŞme leurs propres embouteillages Ă  des internautes de plus en plus curieux d’une part, de plus en plus connaisseurs de l’autre…

Un coup de chapeau Ă©galement Ă  La Maison du whisky pour son site internet très complet et surtout son initiative de lancer en 2003 un Salon du Whisky Ă  Paris, Salon qui fait maintenant des petits en province, tout cela parallèlement et postĂ©rieurement aux Salons Ă©trangers, certes, mais ces Salons français sont une chance unique pour tout type de public de rencontrer des professionnels du whisky de diffĂ©rents pays du monde (Ecosse, Irlande, Etats-Unis, Japon, mais aussi de France, etc…) et parfois mĂŞme des « crĂ©ateurs Â» de whisky comme des assembleurs de blended whiskies comme de blended malts (et bien sĂ»r des single-malts), de maĂ®tres-distillateurs ou de « brand ambassadors Â», souvent bien plus connaisseurs que les traditionaux commerciaux de la marque, et bien plus hauts en couleurs…C’est ainsi une occasion unique de rĂ©viser son…écossais plus que son anglais (vous aussi vous craquerez comme moi au roulage de « r Â» des Ă©cossais, ….et que dire des rares Ă©cossaises prĂ©sentes, sinon qu’en plus d’être charmantes, elles sont bien plus au fait des whiskies qu’elles prĂ©sentent que vous ne pouvez  l’imaginer, car c’est le whisky dans ce cas est parfois…une affaire de famille !).

 

 

 

a_b.h.w._pics 23_WLP

 Le "Whisky Live Paris", une institution en matière de salons du whisky, surtout en France, ou il n'y a hĂ©las que très peu de concurrence.

 

 

Le public a bien compris qu’il s’agissait ici avant tout de plaisir, de se laisser guider, qui par un livre, qui par un caviste, qui par le bouche Ă  oreille, qui par internet, puis, on l’espère assez vite, par ses propres goĂ»ts et intuitions…avec toujours bien sĂ»r une modĂ©ration sans laquelle la distinction entre les whiskies (et votre santĂ© plus qu’accessoirement !) pourrait s’en trouver compromise.

 

Addendum: ET L'AVENIR ?

 

Rien qu'en Ecosse, il est prometteur, enfin, en tout cas pour les crĂ©ations de nouvelles distilleries. Il se nomme KILCHOMAN (sur l'ile d'Islay), une micro-distillerie qui produit dĂ©jĂ  depuis 2005, et fonctionne Ă  plein rĂ©gime, GLENGYLE (qui lanca au printemps 2007 son single-malt KILKERRAN), DAFTMILL fondĂ©e "dĂ©ja" en 2005, dans les Lowlands, ABHAINN DEARG, sur l'ĂŻle de Lewis, dont on va pouvoir très bientĂ´t dĂ©guster le 3 ans d'âge,un projet de rĂ©ouverture (par l’entremise de BRUICHLADDICH) de la distillerie PORT CHARLOTTE sur Islay, AILSA BAY, une gigantesque distillerie construite dans les Lowlands par la famille Grant, ROSEISLE dans les Highlands, fondĂ©e en 2009, la nouvelle distillerie du groupe DIAGEO pour construire une nouvelle distillerie pour pouvoir subvenir aux besoins internationaux en plein boom (la Chine et l’Inde, mais aussi la Russie ou le BrĂ©sil, reprĂ©sentent dĂ©jĂ  une part de plus en plus importante de la consommation de whisky, pour les classes les plus aisĂ©es s’entend – le whisky Ă©tant plus populaire pour le moment en Inde qu’en Chine), mais le sort en est jeté…C'est l'ère des "B.R.I.C.S." (BrĂ©sil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), et hĂ©las, moins positif, l'ère des "n.a.s." (whiskies sans mention d'âge, par ailleurs souvent "technologiques). 

 

 

a_b.h.w._pics 32_Kilchoman

 Une jeune (crĂ©Ă©e en 2005) mais dynamique distillerie Ă©cossaise, avec ici, quelques uns de ses whiskies lancĂ©s en 2014.

 

 

D'un autre cĂ´tĂ©, certains projets ont pris du retard, comme celui de la KINGSBARNS distillery, projet initiĂ© Ă  la fois par un Ă©cossais, Douglas Clement, et par le "père" du whisky australien, Bill Lark. Mais les choses vont enfin pouvoir vraiment dĂ©marrer cette annĂ©e, car un nouvel investisseur, le nĂ©gociant Wemyss, une entreprise familiale Ă©cossaise, a pris les rennes. D'autres ont du plomb dans l'aile, comme la distillerie BLACKWOOD, sur les Ă®les Shetlands, qui a du changer de propriĂ©taire en 2008, et pour l'heure semble rĂ©orientĂ©e vers la production d'alcools de grain (Vodka). On annonçait la sortie d'un  premier single-malt en 2013 pour la distillerie ISLE OF BARRA, sur l'Ă®le du mĂŞme nom, mais les locaux semblaient encore inexistants courant 2011, et aux dernières nouvelles cela avance lentement. On ne parle plus de LADYBANK. Mais on Ă©voque en revanche la possible ouverture d'une autre distillerie, sur l’île de Skye, cette fois...D'autres projets sont annoncĂ©s ou Ă©voquĂ©s, on y reviendra, comme par exemple des extensions ou rĂ©novations de distilleries appartenant au groupe MH-Diageo comme au groupe pernod-Ricard, pour des sommes colossales...(Ă  suivre-voir Ă©galement la rubrique "ActualitĂ©s").

La part des whiskies progresse d’annĂ©e en annĂ©e, la demande se diversifie (pays Ă©mergents), et les stocks vont s’amenuiser et les prix augmenter, qu’on se le dise… Tout ce que les amateurs et votre serviteur par la mĂŞme occasion espère, c’est que la qualitĂ© puisse subsister, la concentration des distilleries rachetĂ©es par les deux grands groupes n’écrasent pas les maisons ou sociĂ©tĂ©s de nĂ©goce de qualitĂ© qui sont de plus en plus isolĂ©es, qu’on ne standardise pas encore plus le goĂ»t et l’apparence des whiskies, que les modes ne cachent pas une baisse d’exigence de qualitĂ© …

Donc avant tout, parcourez ce site, en espĂ©rant qu’il rĂ©ponde Ă  vos attentes, familiarisez vous avec ce vocabulaire pas si difficile et dĂ©routant qu’on peut le croire, pĂ©nĂ©trez vous de tourbe, de malt et d’embruns Ă©cossais, de fruits rouges  irlandais, de distinction du boisĂ© Ă  la japonaise…laissez vous emporter….puis... oubliez tout pour vous faire votre propre goĂ»t !

 

 

2/ BON, ET LA FRANCE DANS TOUT CA?

 

De manière plus gĂ©nĂ©rale, en France, le whisky a d’abord Ă©tĂ© symbole de richesse : Il est au dĂ©part surtout consommĂ© par les classes aisĂ©es, et ce largement Ă  partir des annĂ©es 60. Puis, Ă  partir du moment ou il va ĂŞtre plus disponible, comme nous l’avons vu prĂ©cĂ©demment, grâce Ă  son accessibilitĂ© en grandes surfaces, il va ĂŞtre partout, dans toutes les couches de la population, des plus aisĂ©es au moins aisĂ©es, un facteur de sociabilitĂ© (on en consomme dans les bars,  dans les rĂ©ceptions,  les pots de dĂ©part, au restaurant, on en offre chez des amis, pour les fĂŞtes de NoĂ«l ou pour la fĂŞte des pères – ce n’est que très rĂ©cemment qu’il est associĂ© par les plus connaisseurs – et souvent fortunĂ©s – en association avec un mets…dans quelques restaurants seulement ).

Par contre il faudra attendre 1987 pour pouvoir goĂ»ter le premier whisky français, un blend intitulĂ© sobrement « WB Â» ou « Whisky Breton », crĂ©e par la distillerie Warenghem Ă  Lannion, en Bretagne, et 1999 pour le premier single-malt « ARMORIK », de la mĂŞme distillerie.Puis, en 2002, la Distillerie des Menhirs, Ă  Plomelin en Bretagne, productrice de cidre et d’eau-de-vie de pomme, lance elle aussi « EDDU Â», un  « single-malt Â», ou plutĂ´t « single-buckwheat Â» (si l’on voulait ĂŞtre plus exact), car Ă  base de blĂ© noir. D’autres distilleries françaises, en Champagne (Guillon, produit des single-malts depuis 1998, le « GUILLON Â») et en Corse, notamment, la distillerie P& M (pur malt « ALTORE Â» et « P& M Â») produisent du whisky français, auxquelles il faut ajouter celles qui assemblent des whiskies Ă©cossais en France, comme la Celtic Whisky Compagnie, Ă  Pleubian, en Bretagne (sociĂ©tĂ© Ă©galement propriĂ©taire de la rĂ©cente distillerie GLANN AR MOR, qui elle crĂ©e des whiskies locaux, dont le « TAOL ESA Â» en 1999, puis, moins de dix ans après son premier single-malt au nom de la distillerie), et bien d’autres, comme par exemple en Alsace qui compte dĂ©jĂ  deux distilleries…(les whiskies « UBERACH » de la distillerie Bertrand et ceux de la distillerie « MEYER Â»).

 

 

a_b.h.w._pics 26_Glann_ar_mor

 Jeune, petite, artisanale, mais très productive, la distillerie bretonne GLANN AR MOR, sans doute la plus brillante distillerie française.

 

 

Quelques chiffres et un rappel de statistiques sur la consommation du whisky en France : 

 

 

61 % des français de boivent pas de whisky !

 

75 % des français qui consomment du whisky achètent plutôt des blends et des single-malts d’entrée de gamme…

 

25 % boivent leur whisky sec, sans eau ni glace.

 

15 % des consommateurs de whisky consomment 62 % du volume total du whisky vendu (le texte ne précise pas qu’hélas la grande majorité des consommateurs préfèrent des blends de bas de gamme, qu’ils coupent souvent avec une boisson gazeuse aromatisée, ou qu’ils consomment avec nombre de glaçons, ce qui est bien sûr leur droit).

 

6 marques se partagent le marchĂ© du whisky en France en 1997 : Johnnie Walker (avec le Red Label d’abord, puis le Black Label), Label 5, Long John, Haig et Ballantine’s (avec plusieurs âges, et un blended malt toujours nommĂ© « pure malt Â»)

 

2ème, c’est le rang ou la France se place en terme de pays le plus consommateur de whisky au Monde !

 

400 Marques de whisky disponibles en France en 1987, dont 80 en hypermarché.

 

Pour un hypermarché de 6500m2 de surface, on dénombre jusqu’à 10 linéaires de …whisky, soit 120 références en 1997, et parfois davantage (dans certains hypermarchés de la région parisienne, on dépasse même régulièrement les 15 mètres linéaires, mais ce sont les blends d’entrée de gamme, et leur nombre de bouteilles par marque qui gonflent artificiellement le chiffre).

 

10 % , ce que représente le Marché du whisky haut de gamme en France…. en 1987

 

21 %, ce que représente le Marché du whisky haut de gamme en France…. en 1997, dix ans après.

 

De 700 000 litres Ă  5.7 Millions de litres : C’est la progression des exportations vers la Chine de Diageo  (ces 10 dernières annĂ©es, et en forte progression Ă  partir de 2005)  et 85 % de croissance pour le blend

Johnnie WALKER « Black Label »….et la part de l’Inde,  du BrĂ©sil et de la Russie ne cesse de progresser

 

11 % d’augmentation des ventes deb whisky (chiffres pour DIAGEO seulement) en 2007

 

Un Salon français, le « Whisky Live Paris 2009 Â» : Plus de 3000 visiteurs en 3 jours.

 

***

 

Pour terminer, en abandonnant un peu les chiffres, l'histoire en train de se faire devra tenir compte de la "mondialisation positive" (si j'ose dire, par opposition à l'autre mondialisation, pluôt néfaste) qui a permis l'émergence, voire la montée au premier plan de distilleries des quatre coins du monde, parfois bien loin de l'Ecosse mais avec un savoir faire parfois vraiment bluffant...-voir aux différents rubriques "Actualités" ou les notes de dégustation de whiskies de ces pays...

 


Sources : Wikipédia (modifié et augmenté par l'auteur) en partie, le mémoire de maîtrise de Guillaume Champigny sur le whisky (réactualisé partiellement et corrigé pour quelques rares erreurs, mais aussi divers ouvrages -voir la "Bibliographie Papier" dans la dernière colonne du menu Haut-et bien sûr augmenté de mes propres observations.

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