John GLASER

John GLASER

Compass Box Whisky Company

Embouteilleur indépendant & créateur d’assemblages originaux

Artisan Whisky Maker

(Independent Bottler & Blending Creator)

john with laptop studio view comp 

John Glaser à son ordinateur dans son "Studio" d'assemblage dans la banlieue de Londres, 2007 

 

 Mots clés :

Innovateur

      Créatif                             Jeune d’Esprit

Elégant

  Accessible

Stimulant                       Généreux

 

J’aurai pu ajouter « Familier » ou « Amical » et je n’arriverais toujours pas à cerner ce qui caractérise la personne qu’est John GLASER. Lorsqu’on visite son atelier-laboratoire, situé dans la banlieue ouest de Londres, l’on est frappé par la subtile conjugaison des paradoxes, ou de tel ou tel objet mis en évidence sur un mur, comme cette grande étoile verte, symbole involontairement signifiant de l’équilibre savant de ses créations de whiskies, mais aussi de leur part de mystère…

C’est en effet à la fois un atelier d’artiste, vaste, spacieux, bien éclairé, donnant sur une petite bande de jardin, et d’un autre côté (ou devrais-je dire de l’autre côté, littéralement, car c’est le cas) un véritable laboratoire, propre, froid, avec ses flacons anonymes, ses pipettes et ses carafes « d’hôpital » en verre gradué, le tout méticuleusement rangé.

John GLASER, c’est à la fois un professionnel sobre et sérieux, humble quant à son parcours, un homme jeune qui semble à peine avoir quarante ans, et un artiste-créateur instinctif et fier de ses « bébés », tout comme des multiples distinctions de la profession et des critiques, distinctions qui donnent le vertige tant elles sont nombreuses et renouvelées, affichées sur tout un large mur, bien mieux que des trophées de chasse.

Des prix qui se présentent aussi quelque part comme des talismans contre la malchance et l’échec, ou peut être bien plus encore comme une méthode singulière d’auto-stimulation, dans la perspective de nouveaux défis à relever ?

Le siège de la société Compass Box, c’est enfin à la fois un lieu de travail individuel, personnalisé mais sans excès, et un lieu de partage unique, ouvert sur l’extérieur, une collectivité (c’est un espace sans cloisons ou travaillent également un ou deux assistants, principalement pour la partie commerciale) au sein de laquelle les visiteurs, qu’ils soient « notables », professionnels ou simples passionnés, sont reçus de la même manière, faite d’un mélange de chaleur, de franchise et de retenue très anglo-saxonne, les visiteurs étant « tous égaux devant le whisky ». Il applique ainsi à la lettre la devise affichée en lettres bleues bien haut au dessus de son bureau : « Above all, Share and Enjoy » (par dessus tout, partager et apprécier), de cela je peux témoigner.

Mais ne vous y trompez pas, au delà du charme de ce personnage unique dans le monde du whisky, il faut bien le dire, entre artisan et artiste, qui élaborerait une sorte de « Haute-Couture accessible » du whisky, il y a le professionnel, qui se pose les bonnes questions, et prépare les bonnes réponses…de demain.

En effet, fort de son expérience au sein du groupe Diageo, et notamment en travaillant sur la gamme Johnnie Walker, il part en l’an 2000 voler de ses propres ailes, et crée une société de négoce. Des sociétés de négoce, à l’époque, il y en a déjà beaucoup, et John GLASER choisit de prendre le contre-pied de ce qui se fait déjà, il initie alors une approche nouvelle, basée sur le plaisir du créateur-assembleur comme du consommateur-amateur, une démarche esthétique en diable, privilégiant la qualité à la quantité, conjuguant peut être pour la première fois la conception d’un design particulier pour les étiquettes de ses bouteilles (design de surcroît référencé à une démarche artistique proche de l’illustration du XIX ème siècle, de l’Art Nouveau comme de certains photographes pictorialistes) à celle du whisky lui-même, en passant par le nom du whisky et sa destination (la façon ou l’état d’esprit pour être dégusté, l’effet supposé du whisky sur le consommateur).

Comme si cela ne suffisait pas, John GLASER leur ajoute une dimension supplémentaire, sommes toutes assez audacieuse, en attribuant des noms en latin ou en grec autant à des blends faciles à boire qu’à des assemblages de whiskies plus rares ou plus difficiles d’accès. Pour s’en convaincre, il suffit d’énumérer les noms de ses créations : « ASYLA », « HEDONISM », ou « ELEUTHERA ». Certes, on touche là un tantinet à l’univers des parfums, même si, contrairement à d’autres négociants, il n’y a aucune ambiguïté entre la forme de ses bouteilles et celle des flacons de parfums. C’est de whisky dont il s’agit…

Les distilleries fétiches de John GLASER pour confectionner ses assemblages, réalisés en petite quantité (ce sont tous des « small batches » ou « petits lots »), sont CLYNELISH, distillerie des Highlands du Nord, CAOL ILA de l’île d’Islay ou encore par exemple GLEN ELGIN de la région du Speyside.

Innovateur ? John GLASER l’est sans aucun doute. N’oublions pas qu’il est l’auteur, et ce peu de temps après la création de sa société, en l’an 2000, d’ « HEDONISM », le premier assemblage de whiskies de grain de l’histoire (que l’on nomme alors encore « Vatted-grain », l’ensemble étant remis à marier en fût après assemblage pour une durée de plusieurs mois). Plus récemment, après avoir transgressé plusieurs interdits sur la manière d’élever du whisky, en ajoutant par exemple des plaquettes de bois neuf dans un fût (avec le controversé « THE SPICE TREE », en 2005), ou plus sobrement (et peut être plus efficacement ?) en assemblant des douelles de chêne américain avec d’autres parties du fût en chêne européen, avec le très réussi « OAK CROSS » (2006), qui deviendra plus tard la série limitée des « CANTO CASK ».

Chaque année apporte donc son lot d’innovations et démontre la capacité de cet « artisan du whisky » comme il aime se nommer lui-même, à se remettre en question et apporter ici une version « turbo » ou de prestige d’une de ses créations antérieures, là une tentative audacieuse de marier des whiskies entre eux. Et qui d’autre a suffisamment d’humilité pour réserver au seul marché canadien, ce merveilleux « MAGIC CASK », le seul affinage de sa gamme de whiskies, construit sur une base de single-malt de la distillerie LINKWOOD, et d’un affinage en fût de Madère ? Marché canadien qui rappelons le, autorise, contrairement au marché écossais, l’ajout au whisky d’additifs fruités ou alcoolisés à hauteur de 9,09 % dans l’assemblage…Et comme John aime à le rappeler, « il n’y a aucun mérite à simplement mettre en bouteille un whisky issu d’un seul fût, tout l’art réside dans l’assemblage ». Ou encore il rappelle que « souvent les affinages servent à cacher le goût des whiskies issus de fûts médiocres ».

Cet amateur de musique(s) qu’est John GLASER est d’une curiosité et d’une ouverture manifestes John écoute du rock ou de la pop pour se détendre, d classique ou du jazz pour créer ses assemblages-avec parfois des exceptions comme lorsque un album du groupe QUEEN lui a inspiré le splendide « FLAMING HEART », un assemblage assez tourbé de fûts de CLYNELISH et de CAOL ILA titrant à 48,9 %.

Enfin, lors de ma visite aux « studios bleus » (d’anciens studios de cinéma) en 2007, nos échanges sur l’art de l’assemblage comme sur pléthore d’autres sujets, ont vraiment été enrichissants et l‘homme s’est révélé d’une remarquable compréhension de ce que je nommerais ici le « moteur créatif » de l’individu, qui existe potentiellement en chacun de nous, au delà du whisky ou de la peinture, par exemple.

Il fût alors tout naturel de mettre ces observations et intuitions en pratique, ce que je fis, en m’exerçant à assembler un whisky, sous son regard détaché et respectueux, mais avec ses conseils avisés. Le résultat de mon assemblage londonien ne m’apparut dans tout son intérêt qu’une semaine après laissé celui ci se marier, comme le prévoyait John. Qu’il soit remercié pour m’avoir permis de réaliser cela et pour tous ses encouragements. Je pense que cette manière d’approcher le whisky fera école, mais qu’elle ne sera pas facile à imiter. Tant mieux !

Long live, John !

                     Post-blending : Comme je l’écrivis ce soir là « dans l’atelier », en guise d’hommage :

                                 « As I(s) lay before the Oak cross, a hedonist Orangerie appeared to me »

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